Culte du 16 novembre 2025
Musique
SALUTATION
Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit saint soient avec vous.
LOUANGE [debout]
(Texte copte, Ve siècle)
Je vais te glorifier, mon Dieu, je vais te glorifier, mon Dieu qui donne le repos à tout être,
Mon Dieu, je vais te glorifier,
Pierre des pierres d’angles, mon Dieu, je vais te glorifier, mon Dieu qui donne le repos à tout être,
Mon Dieu je vais te glorifier,
Pierre d’angle immuable, inébranlable,
Fondement qui ne chancelle pas,
Brebis liée à l’arbre,
Trésor caché dans le champ,
Jésus suspendu au bois,
Enfant, fils de la rosée,
Lait de tous les arbres,
Suavité de tous les fruits,
Œil des cieux,
Gardien de tous les trésors,
Colonne qui soutient l’univers,
Joie de toutes les créatures,
Repos des mondes.
Tu es une merveille à exprimer,
Tu es à l’intérieur, tu es à l’extérieur,
Tu es en haut, tu es en bas,
Tu es proche, tout étant loin,
Tu es caché tout en étant manifeste,
Tu es silencieux, tout en parlant aussi,
À toi est toute gloire.
Psaume 98, psaume de ce jour
PRIÈRE DE CONVERSION [assis]
Pour nous retourner avec confiance vers Dieu, nous prions :
« Si nous disons que nous n’avons pas péché, nous nous égarons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous ».
Seigneur Dieu, nous ne sommes pas si abusés ni rebelles pour dire devant toi que nous sommes parfaitement justes et n’avons commis aucune faute. Nous sommes comme nos ancêtres, et parfois :
Nous nous sommes égarés
Nous avons manqué
Nous avons trahi
Nous avons dit une chose et pensé une autre
Nous avons médit
Nous avons détourné les yeux
Nous avons blessé
Nous avons ignoré
Nous avons trompé et nous nous sommes trompés
Nous avons écrasé et nous nous sommes cachés.
Pour tout cela, et pour tout ce que nous savons et tout ce qui nous échappe, nous te le demandons, Dieu de miséricorde : pardonne-nous, rachète-nous, délivre-nous !
46-02, strophe 1
ANNONCE DU PARDON
Écoutons l’annonce du pardon qui vient de Dieu avec les paroles du prophète Malachie, tirées du premier texte de ce jour :
« Pour vous qui craignez mon nom, dit le Seigneur, se lèvera le soleil de justice, et la guérison sera sous ses ailes ».
Ce soleil de justice s’est levé, conformément à la promesse, en Jésus notre Sauveur : il est, selon sa parole, venu porter guérison aux malades et appeler à lui les pécheurs.
C’est pourquoi, ayons enracinée au fond de notre cœur l’assurance que Dieu toujours nous pardonne.
46-02, strophe 2
EXPRESSION DE LA VOLONTÉ DE DIEU
Pardonnés et libérés, nous pouvons nous relever et écouter ce que Dieu veut de nous et pour nous, à travers l’exhortation de l’apôtre Paul dans sa lettre à l’assemblée de Thessalonique :
« Soyez en paix entre vous.
Nous vous y encourageons, frères et sœurs : avertissez les désordonnés, réconfortez les abattus, soutenez les faibles, soyez patients envers tous. Prenez garde que personne ne rende le mal pour le mal ; mais poursuivez toujours le bien, les uns envers les autres comme envers tous.
Réjouissez-vous toujours, priez continuellement, rendez grâce en toute circonstance : telle est, à votre égard, la volonté de Dieu en Jésus Christ.
N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les messages des prophètes, examinez tout, retenez ce qui est bien ; abstenez-vous du mal sous toutes ses formes.
Que le Dieu de la paix vous consacre lui-même tout entiers ; que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit gardé irréprochable pour l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ !
Celui qui vous appelle est digne de confiance : c’est lui qui réalisera cela ».
46-02, strophe 3
PRIÈRE D’ILLUMINATION [assis, ensemble]
Au moment de lire les Écriture, nous prions ensemble :
Seigneur notre Dieu, qui est vérité, bonté et amour au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir, envoie sur nous ton Esprit. Qu’il renouvelle notre cœur, notre intelligence et notre volonté pour que tout notre être accueille ta Parole. Qu’elle fasse en nous sa demeure, elle qui, en ton fils Jésus Christ, a foulé la poussière de notre monde et a brisé les liens de la fatalité dans notre histoire humaine. Qu’ainsi nous soyons unis à lui, dans la foi, l’espérance et l’amour, pour œuvrer à la libération de toute la Création.
AMEN
LECTURE
Évangile selon Luc chapitre 21, versets 5 à 19
5 Comme quelques-uns parlaient du temple en évoquant les belles pierres et les offrandes dont il était orné, il dit : 6 Les jours viendront où, de ce que vous voyez, il ne restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée.
7 Ils l’interrogèrent : Maître, quand donc cela arrivera-t-il ? Quel sera le signe annonçant ces évènements ? 8 Il répondit : Veillez à ne pas vous laisser égarer. Beaucoup, en effet, viendront en se servant de mon nom, en disant : « C’est moi ! », et : « Le temps s’est approché ! » N’allez pas à leur suite. 9 Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne vous effrayez pas, car cela doit arriver d’abord. Mais la fin n’est pas pour tout de suite.
10 Alors il leur disait : Nation se dressera contre nation et royaume contre royaume, 11 il y aura de grands tremblements de terre et, dans divers lieux, des pestes et des famines ; il y aura des phénomènes terribles et de grands signes du ciel.
12 Mais, avant tout cela, on mettra la main sur vous et on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, on vous mènera devant des rois et des gouverneurs à cause de mon nom. 13 Cela vous amènera à rendre témoignage. 14 Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à préparer votre défense, 15 car moi, je vous donnerai une parole, une sagesse, à laquelle tous vos adversaires ne pourront s’opposer, qu’ils ne pourront contredire. 16 Vous serez livrés même par des parents, des frères, des proches et des amis, et on fera mettre à mort plusieurs d’entre vous.
17 Vous serez détestés de tous à cause de mon nom. 18 Mais pas un seul cheveu de votre tête ne sera perdu ; 19 par votre persévérance, vous acquerrez la vie !
Musique
PRÉDICATION
Je ne saurais dire avec certitude ce qui est le moins enviable : être parmi l’auditoire de Jésus à ce moment-là et entendre de telles prophéties en réponse aux questions qu’il lui pose, où être 2000 ans plus tard et connaître la suite de l’histoire. Que voulez-vous ajouter :
« il y aura des guerres, des conflits, des tremblements de terres, des famines, des épidémies » en effet, « des phénomènes climatiques de plus en plus dévastateurs », oui, aussi.
Ici Luc reprend un matériau plus ancien, présent aussi chez Marc et Matthieu : c’est la « petite apocalypse » des trois premiers évangiles. Il n’est pas si clair pourtant que Jésus parle de fin du monde ici : il fait en réalité le récit par avance de la destruction de Jérusalem et du Temple été l’objet de l’admiration de certains, destruction qui fut conséquence d’une rébellion d’une partie du peuple judéen contre l’occupant romain qui aura lieu entre 66 et 70 soit plus de trente ans après Jésus. Mais en effet, dans la suite de ce discours prophétique, Jésus annonce aussi la venue du « Fils de l’Homme » et de la « délivrance » : autant d’allusions à une fin de l’histoire où Dieu vient finalement établir sur Terre son Royaume et où son peuple est définitivement libéré, le « fils de l’homme » étant une de façon de concevoir le Messie, le libérateur, d’après un passage du livre du prophète Daniel et d’autres écrits de révélations attribués au patriarche Hénoch. En ce sens c’est bien de la fin d’un certain monde pour un autre qu’il s’agit. Cette fin du monde présent doit être en réalité une bonne nouvelle, mais elle est fortement contrastée par l’annonce de ces signes avant-coureurs qui sont eux beaucoup moins réjouissants.
Or, le temps qui sépare la destruction du Temple et la venue du Fils de l’Homme n’est pas clairement précisé, et pour cause, nos évangélistes rédigent leurs ouvrages dans cette période d’entre-deux. Il faut donc aussi entendre dans ce passage tout le contexte d’écriture : Jésus a sans doute prophétisé à propos du Temple, avec lequel on sait qu’il entretenait des rapports parfois conflictuels, et sur le sort de Jérusalem, comme bien des prophètes avant lui dans cette ville qui avait déjà connu une première conquête et la destruction du premier temple aux mains des Babyloniens ; mais Luc écrit comme d’autres après les évènements de 70, et les troubles et les guerres en Judée, Galilée et diaspora sont loin d’être finis à son époque et dans les décennies suivantes. Les communautés de croyants auxquelles il s’adresse attendent encore le Fils de l’Homme, cette fois clairement identifié à Jésus qui doit revenir après une absence temporaire suivant sa résurrection et son ascension (que Luc raconte dans la fin de son évangile et au début des Actes des apôtres, la deuxième partie de son œuvre littéraire). Autrement dit, quelques années après la destruction du temple, ces croyants ont à l’esprit, grâce à ce genre de récit, que Jésus avait annoncé tous ces troubles, mais ils sont encore dans l’attente de la réalisation complète de la prophétie et de la libération. Pour notre évangéliste, il s’agit de faire tenir la communauté dans cette tension où elle se trouve : subissant de plein fouet les signes et les troubles avant-coureurs, toutes ces douleurs qui sont censées annoncer le dénouement heureux, comment ne pouvait-elle pas s’impatienter de voir enfin revenir là maintenant, tout de suite, le Christ ?
D’où ces mises en garde dans la bouche de Jésus de ne pas suivre tout et n’importe quoi ou n’importe qui déclare être le Christ ou annonçant la venue de ces temps derniers.
Premier constat : depuis l’époque des évangélistes et des premières communautés, et même avant eux, et pendant tous les siècles suivants jusqu’à nous, le monde n’en a jamais fini de finir. On n’en a jamais fini d’annoncer la fin toute proche.
Oui, mais cette fois, avouons-le, c’est la bonne. Mais oui, nous allons bien finir par y arriver nous, humains du XXIe siècle, ce n’est pas faute de nos efforts !
Quand de COP en COP et de rapport scientifique en rapport scientifique qui nous avertissent sur les dangers du changement climatique en cours on voit en parallèle augmenter plus que jamais les projets d’extraction et de forage des principales sources de rejet de CO2, qu’en conséquence les océans s’acidifient, que le permafrost fond, que de boucles de rétroaction en boucles de rétroaction les degrés de la moyenne mondiale s’accumulent et qu’on revoit à la baisse les ambitions pour les contenir et que l’intensité des phénomènes climatiques augmente entraînant dégâts matériels et pertes humaines, que la raréfaction de l’eau fait de son accès un enjeu de survie pour une partie de plus en plus grande de la population mondiale et exacerbe les tensions entre États…. États qui par ailleurs ne manquent pas de prétexte à la guerre, le nombre de conflits armés sur terre ayant atteint un nouveau regain jamais vu depuis les derniers conflits mondiaux, alors que malgré « plus jamais ça » nous assistons en direct à des génocides, et que les régimes autoritaires, fascistes, se mettent à pulluler et même au cœur de notre vieil occident orgueilleux qui se croyait bien revenu de tout ça, et qu’on assiste ainsi à déliquescence des États de droits, de la liberté académique, de la liberté de conscience, à la destruction méthodique de l’information, à la régression vers les idéologies les plus ouvertement racistes, suprémacistes et aux fanatismes en tout genre… quand on est si évidemment, si indubitablement aux prémices d’un siècle où l’humanité joue sa survie et son âme et entraîne dans sa chute le reste du vivant : où est le Fils de l’Homme ? Ce serait bien le moment où jamais non ?
Nous aurions moins de raisons, en de telles circonstances, si j’ose appeler ça ainsi, et 2000 ans après, nous aurions moins de raisons que les premiers croyants de s’impatienter ?
« Ne vous effrayez pas » : mais qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? Est-il même encore vraiment rassurant de savoir que « la fin n’est pas pour tout de suite », si c’est pour assister impuissants à un lent dérèglement généralisé ?
À quoi peut même servir de surmonter l’inquiétude profonde de ces menaces existentielles par la connaissance de leurs causes, connaissance qui est la moindre des armes, des outils à notre disposition ? Bien sûr, la compréhension des choses rend le chaos plus lisible. Comment ne pas voir en réalité l’articulation entre les différents problèmes que je n’ai énuméré qu’en partie, pour voir qu’ils font système : que l’exploitation énergétique des énergies fossiles alimente un système économique fondée essentiellement sur la poursuite du profit et donc affranchit la production de toute considération d’ordre éthique, social et écologique, et confisque ce domaine du champs de la décision politique citoyenne, démocratique, et que c’est ce même système d’exploitation qui fonde la domination coloniale et post-coloniale, les impérialismes dans l’ordre politique mondial et donc les rapports guerriers, et entraîne l’effondrement des écosystèmes et facilite l’apparition et la diffusion d’épidémies.
Mais saisir la profonde unité, sans simplifier la réalité mais pour mieux en apprécier la complexité, a pour effet paradoxal qu’on se sent certes moins perdu, déboussolé, mais qu’on ne peut aussi qu’avoir un sentiment étrange de gâchis énorme. Car au fond, la question de comment l’humanité peut subvenir à ses besoins de façon harmonieuse avec son environnement, les autres espèces, et de façon égalitaire et fraternelle en son sein, nous révèle à quel point des choses essentielles comme le partage des biens, relève des fonctions les plus basiques et les plus simples dont un humain a besoin. Si seulement, on remplaçait tout simplement dans l’esprit général la poursuite du profit par celle du bien commun. On saisit intuitivement que l’idée du bien n’est pas si difficile. C’est parce que la question est en fait terriblement simple qu’elle est redoutable. L’humanité entière peut dire peut dire la parole de saint Paul « il est à ma portée de vouloir, mais non de faire le bien. Je ne fais pas le bien que je veux, mais je pratique le mal que je ne veux pas », et l’apôtre de rappeler ensuite que l’humain est comme déchiré entre son intériorité, sa partie essentiel et spirituelle, qui se réjouit de la loi de Dieu, et d’un autre côté son « corps » et sa « chair », c’est-à-dire dans tout ce qui le détermine le conditionne et le réduit socialement psychologiquement etc. par lequel il est « esclave d’une loi de péché ».
Dieu, disaient les théologiens médiévaux, est en réalité l’être le plus simple qui soit, parfaitement un, unie, le bien : c’est l’humain, créature composée de spirituel et de matériel, engoncé dans le temps, qui est compliqué, c’est dans son histoire spécifique que tout se brouille. Dieu est tellement simple qu’il devient un mystère sur lequel on est obligé péniblement de gloser dans notre langage. Nous sommes toujours déjà pris dans la trame de ces accumulations historiques, dans la machine en marche, nous n’avons pas choisi de vivre ces temps où toutes les crises se croisent et s’intensifient. Le changement qu’il faudrait amener ne peut toucher un seul domaine sans affecter tous les autres, si bien qu’on est au point où il faudrait tout reprendre de zéro, revenir à cette simplicité évidente que tout être humain a besoin de vivre en sécurité de ses besoins essentielles et dans un environnement sain, et que rappelle notre conscience de cet Adam intérieur, mais précisément nous ne le pouvons pas, nous ne pouvons pas nous extraire de l’histoire, mettre sur pause, hors du temps, tout recréer : il faudrait être Dieu, simple comme lui, dans l’éternité.
Alors que fait-il, Dieu, depuis cette éternité, pour nous ? Il est venu déjà nous le croyons, il a donné sa vie pour nous, en prenant lui aussi ce poids du corps et de la chair, de la limite de la condition humaine, et nous attendons qu’enfin cette vérité, éclose définitivement, qu’enfin ces limites soient dépassées, et que ce qui est intérieur devienne pleinement visible à l’extérieur.
Mais pendant cette attente, comment cette éternité, ce bien, peut transparaître dans un monde proche d’une façon ou d’une autre de la fin, comme des éclaircis dans un ciel voilé ? Comment, continuer d’espérer en lui, au cœur de l’orage ? Nous aussi, encore, au même point que les disciples qui admiraient le Temple, nous demandons un signe, un sens, une signification, une direction, qui ne soit pas une réflexion abstraite mais effective, nous rende enfin la paix, et la force d’agir, qui triomphe de nos peurs ou du moins les atténue.
C’est là je pense ce à quoi invite Jésus. Comment transfigurer l’épreuve des temps catastrophiques pour y voir transparaître, comme signification, une source d’espérance contre toute attente.
Écoutons-le bien. Face à l’admiration de la richesse toute matérielle du Temple, il rappelle sans concession sa finitude. Les offrandes, les beaux bâtiments passeront.
Le Temple comme figure des institutions religieuses, ce rappel nous parle à nous Église : jamais nous ne fonderons notre assurance sur la richesse et la puissance, ce n’est pas l’essentiel, nous ne devons pas nous laisser avoir par notre propre image, soit par l’apparence de grandeur quand l’Église institution dominait la société et abusait trop souvent de son pouvoir, ni surtout aujourd’hui pour en déplorer sans cesse le déclin. N’ayons pas l’illusion de nous suffire à nous même. Qu’il s’agisse très concrètement de nos capacités financières mais aussi du souci que nous avons de ne plus être pertinent pour nos contemporains, de de ne pas nous faire entendre. La fin du Temple n’est pas la fin du monde, l’Église ferait mieux d’abord de cesser de ressasser sa peur de disparaître et ressaisir ce qui fait son cœur essentiel, si elle veut ensuite pouvoir être audible dans le monde, et être à la hauteur des évènements, pour être réceptive aux signes qu’elle-même réclame.
Car Jésus élargit la perspective en évoquant les tribulations à venir : il fait comprendre aux disciples qu’il faut entrer pleinement, courageusement dans le tumulte de l’histoire. Luc, historien du salut, tisse un lien entre le temps de Jésus, qui a subi la Passion, les temps de l’Église naissante à Jérusalem en Judée puis en diaspora, marqué par des confrontations avec les autorités religieuses, et le temps où lui écrit pour faire mémoire, et qui se souvient de tous les troubles qui ont précédé et suivi la guerre contre Rome. L’épreuve du temps est un passage de témoins en témoins et nous sert autant de modèles et d’exhortations à tenir bon nous-mêmes dans notre temps. Luc fait le récit dans Actes du martyre d’Étienne, des tribulations de Paul dans sa mission ; ceux qui liront notre passage d’évangile au cours des siècles suivants y trouveront aussi l’annonce prophétique des persécutions qu’ils subissent de la part les païens. Aujourd’hui encore nous pouvons penser aux chrétiens persécutés pour leur foi, et plus largement à tous les humains qui sont persécutés à cause de leur religion, de leurs convictions.
Mais cette histoire nous parle aussi des déchirures internes, Jésus parle ici d’être livrés par des proches, des « frères » (et sœurs). Luc fait le récit des confrontations dans les synagogues, mais l’hostilité existait même entre frères en Christ, même s’il cherche parfois à édulcorer : Paul rencontra l’hostilité de « super-apôtres », des envoyés de Jérusalem par Jacques et en diaspora autour de la question de la circoncision pour les prosélytes et craignant-Dieu, il s’est confronté avec Pierre Barnabé. En quelle mesure le manque de soutien à son retour de mission à Jérusalem n’a pas favorisé son arrestation par les autorités romaines ? De même, si nous y lisons un modèle de notre histoire, les chrétiens ont tristement montré au cours des siècles leurs capacités à s’entredéchirer, et même à s’entretuer.
Deuxième signe alors : les efforts constants pour l’unité, aussi bien l’œcuménisme chrétien que le rapprochement entre les différentes religions sont des actes prophétiques d’espérance et des signes d’accomplissement du Royaume en train de venir. Les prophéties qui nourrissaient la prédication de Jésus et des apôtres parlent d’un nouveau temple à la fin des temps, de la réunion de toutes nations à la montagne sainte de Dieu, proclament la brisure de la ligne de séparation qui existait autrefois entre intérieur et extérieur : « il n’y a plus ni judéen ni grec ni homme ni femme ni maitre ni esclave » dit encore l’apôtre des nations.
Aujourd’hui nous devons prendre conscience de la profonde unité intérieure des différentes révélations dans le monde, pour ne plus craindre seul dans notre coin : c’est ensemble que les grandes familles spirituelles peuvent espérer agir pour mettre un terme aux mécanismes mortifères qui détruisent l’humanité et le vivant, pour articuler ensemble les discours de vérité, d’intelligence et d’amour qui repoussent les ténèbres de l’ignorance et de la haine.
Cette marche vers l’unité c’est certain connaît des épreuves, des difficultés et face à elle se dresse son contraire, les forces qui œuvrent à maintenir ou à accentuer la division de l’humanité selon des rapports de dominations servis par des constructions idéologiques. Et parmi elle l’orgueil de l’exclusivisme religieux.
C’est là que résonne plus que jamais l’appel constant à la vigilance et à la lucidité dans l’engagement, à ne pas suivre les faux sauveurs qui disent « C’EST moi ». Qu’on songe d’abord à tous les messies de pacotille et les faux prophètes milliardaires qui promettent la solution de tous les problèmes par le miracle technologique pour mieux éviter de remettre en cause le système injuste sur lequel repose leur fortune, et d’ailleurs guidés par l’idée de tirer profit de la catastrophe elle-même. Qu’importe de rendre la planète inhabitable, les élus iront sur Mars ! Mais aussi et surtout ceux qui usent du nom même du Christ comme d’une éructation creuse fétichiste. La fausse Église du christianisme identitaire, coquille vide qui n’est plus qu’une idolâtrie d’une soi-disant civilisation supérieure. Tout de l’extérieur mais rien de l’intérieur, le christianisme sans la radicalité de l’amour du Christ voilà le rêve de ceux qui qui attendent le temps du retour de la France chrétienne usant pour cela de moyens peu avouables.
Là certainement aurions-nous à craindre ceux qui se présentent comme des frères mais pour christonationalistes pointent du doigt celles et ceux qui œuvres à l’accueil des étrangers. Le temps n’est peut-être hélas pas si loin ou les pouvoirs en place dans notre pays, plus qu’ils ne le font déjà, chercheront à criminaliser les commandements d’amour du prochain. Alors nous aurons à prendre collectivement comme Église la mesure de ce que signifie obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Là il faudra aussi tenir bon.
Oui il y a des forces usant du nom du sacré, se drapant de pureté morale, qui ne cessent de crier « le temps est proche » qui en réalité appellent de leur vœux le chaos, la destruction. Qu’il s’agisse le sionisme évangéliques américains soutenant activement les politiques criminelles de l’état israélien, des nationalistes religieux juifs de ce même État, les partisans du jihad armées pour l’instauration d’un pseudo califat, tous ceux-là même quand ils s’opposent en apparence, croient que puisque guerres et malheurs ont été prophétisés il faut participer à réaliser ces guerres et ces malheurs, finalement agir à la place de Dieu accélérer la venue ou le retour du Sauveur, et mériter ainsi leur place dans le Royaume, incapables de concevoir la vie dans la plénitude de Dieu autrement que comme le rêve continué de leur misérable soif de pouvoir sur terre. Tous ces fanatismes se ressemblent : la superficialité de la lettre extérieure de la loi qui devient loi de mort et de condamnation, au lieu de l’Esprit qui vivifie. Cet Esprit est le même aux sources de toute vraie spiritualité, quel que soit le langage religieux particulier dans lequel elle s’exprime, à travers tous les mystiques et saints connus et anonymes, qui toutes et tous ont témoigné à travers des langages religieux différent une même profonde expérience d’union possible avec le divin, dans laquelle la loi est transcendée par la grâce, l’amour. C’est cet Esprit dit Jésus qui nous porte dans l’épreuve, qui nous donne « parole et sagesse », surpasse les arguties et les raisonnements pervers de nos accusateurs qui tordent le message des prophètes pour leurs fins égoïstes et idolâtres.
L’adversité nous « amène à rendre témoignage ». Nous n’avons pas choisi de vivre dans ces temps-ci mais c’est parce que nous vivons dans ce temps-ci que nous sommes portés à témoigner : c’est parce que le nom de Christ est utilisé à des fins mauvaises que nous sommes poussés le défendre en dénonçant les faiseurs d’apocalypse. C’est parce que nous sommes au cœur du défi présent qu’est l’avenir de la vie de l’humanité sur Terre, que nous sommes appelés et obligés à devenir témoignages vivants, à devenir le signe non pas d’une fin inéluctable mais d’un encore possible. « Persévérez » « ne vous effrayez pas » : ne subissez pas seulement l’épreuve, mais que la crise du monde entier devienne la pierre de touche de la vérité, là où les faux semblants et les hypocrisies tombent. C’est l’occasion-même de trancher enfin entre les fausses Églises de César et Mammon et le cœur spirituel vivant de l’humanité, entre l’ordre économique et politique à bout de souffle et la refondation des sociétés sur la base d’une égalité et d’un partage réel. Parce qu’au fond, rendus ou nous en sommes, quel autre choix avons-nous ?
Voilà enfin le moment à saisir pour faire rejaillir le bien essentiel qui ne nous a jamais quitté, qui persévère à travers les affres du temps, qui s’est déjà en mille lieux et en milles façons expérimenter comme autant de fragments de ce que pourrait être ce monde enfin délivré.
Jésus plus haut dans l’évangile, avait aussi répondu a des pharisiens l’interrogeant sur les temps de la fin. Le royaume de Dieu a-t-il dit n’est pas loin, il est « au milieu de vous » ou « en vous ». C’était donc ça. Fils de l’Homme, tu étais là.
Nous n’aurons finalement pas eu besoin de fuir hors du monde et de l’histoire, mais c’est précisément en y étant confronté comme une pierre contre la pierre, que le feu brûlant d’amour de l’esprit jaillira et que le salut se réalisera. Comme Jésus n’a pas fui devant la croix.
Aujourd’hui le monde entier est crucifié, et nous savons déjà : ce n’est pas la fin.
Et nous devrions tout faire pour que le monde le sache.
AMEN
Musique
CONFESSION DE FOI [debout, ensemble]
Nous pouvons nous lever pour confesser ensemble notre foi, avec ce texte de la Déclaration du Synode Confessant de Barmen (31 mai 1934) qui réunissait les théologiens comme Karl Barth et Dietrich Bonhoeffer, qui voulaient lutter contre le régime nazi en train de se mettre en place :
Nous croyons que Dieu est le Père de tous les humains, de tous les peuples,
Personne n’est exclu de son amour.
Nous sommes tous créés à son image et à sa ressemblance.
C’est ce qui fonde la dignité et l’égalité de tous les humains.
Dieu, le Père, a donné la terre à tous et pour tous.
C’est ce qui fonde la solidarité.
Les biens de la création doivent affluer dans les mains de tous.
C’est le plus sûr chemin de la paix, car la paix est le fruit de la justice.
Nous croyons que Jésus est le frère de tous les humains, et spécialement des pauvres.
C’est lui que nous voyons avoir faim, être nu, étranger, prisonnier ou malade.
Nous croyons que celui qui juge, humilie ou calomnie,
juge, humilie, calomnie Jésus-Christ, car tout humain a le visage du Christ.
Nous croyons que Jésus-Christ, par sa vie et ses paroles, nous dit qui est l’humain.
Nous avons à faire nôtres les choix qu’il a faits : faire passer les personnes avant les richesses, la liberté avant la tranquillité, la vérité avant la propre opinion, le respect des autres avant l’efficacité, l’amour avant la loi.
Jésus-Christ ressuscité nous donne l’Esprit de Dieu.
Nous croyons que l’Esprit est esprit de liberté, esprit de tolérance, esprit de justice, esprit de paix.
Il accueille au lieu d’exclure. Il respecte au lieu de condamner.
Il ouvre les portes et ne les ferme jamais.
Nous croyons que son espérance est plus forte que tous les désespoirs.
AMEN.
45-03, strophes 1, 4 et 5
ANNONCES ET OFFRANDE (accompagnement musical)
PRIÈRE D’INTERCESSION
Dieu notre Père, tu connais déjà ce que nous te demandons, tu le sais mieux que nous-même. Ton Esprit intercède et soupire ce qu’aucune oreille n’entend, ce que les mots ne peuvent exprimer.
Pour que tout est un sens, c’est ton Esprit qu’il faut en ce monde.
C’est pourquoi nous faisons silence, et laissons la place en nous-même à ton Esprit, pour qu’il rencontre tout ce qui nous accable, et ouvre la brèche par laquelle nos vies seront transfigurées, et le monde avec nous.
(silence)
Et unis à la foule des témoins de tous les temps et de tous les lieux, nous te disons :
NOTRE PÈRE…
EXHORTATION : 45-04, toutes les strophes
BÉNÉDICTION
« Le Seigneur de la paix vous donne lui-même la paix en tout temps, de toute manière ! Le Seigneur est avec vous tous ».
Musique