Culte du 27 juillet 2025
Musique
SALUTATION
Si vous marchez dans le désert ou cheminez dans la nuit, si la vie est rude et obscure autour de vous, si votre avenir est incertain et votre présent douteux, si vous avez peur… écoutez alors la très ancienne et très noble parole d’espérance et obéissez-lui : la joie et la vie, la force et le courage vous sont donnés par celui dont la Présence monte en vos cœurs.
Bienvenue à toutes et tous, dans ce temple, en plein cœur de l’été. Sentons-nous y vraiment accueillis par cette mystérieuse Présence, que nous soyons de passage à Paris, ou condamnés à y rester pendant l’été, que nous soyons entrés ici par hasard, ou bien décidés à ne pas rater le dernier culte avant quatre dimanches de fermeture de notre temple.
LOUANGE [debout]
Psaume 138, psaume du jour
Du recueil de David.
Seigneur, je veux te louer de tout mon cœur.
Devant les puissances du ciel
je veux te célébrer par mes chants
et m’incliner face à ton sanctuaire.
O Dieu qui es présent, je veux te louer pour ta fidèle bonté, car tu as fait plus que tenir ta promesse,
plus que l’on attendait de toi.
Quand je t’ai appelé, tu m’as répondu ; tu m’as rempli de courage et de force.
Seigneur, que tous les rois de la terre te louent quand ils auront entendu ce que tu dis !
Qu’ils célèbrent tes actions en chantant :
« La gloire du Seigneur est immense.
Le Seigneur a beau être là-haut, il voit les humbles, de loin il reconnaît l’orgueilleux. »
Si je dois vivre au cœur de la détresse,
tu me maintiendras en vie malgré la colère de mes ennemis, tu avanceras la main, ta main droite me sauvera.
Seigneur, tu feras cela pour moi. Toi dont l’amour n’a pas de fin, n’abandonne pas maintenant
ceux que tu as créés de tes propres mains.
Psaume 23, les 3 strophes (assis)
PRIERE DE CONVERSION
Assurés de l’amour de Dieu en Jésus-Christ, présentons-nous devant lui tels que nous sommes.
(silence)
Père, tu nous donnes notre cœur pour savourer la bonté de ta création, notre corps pour y habiter avec force et avec grâce, notre vie pour user des occasions de donner et de demander, notre mort pour ne point rêver d’une immortalité mensongère. Mais voilà que ce coeur, nous le gardons sec ou craintif, ce corps, nous l’étouffons ou nous le gaspillons, cette vie, nous la convoitons ou nous la regrettons, cette mort, nous la fuyons et nous y sombrons.
Pour le gâchis de ta création, Père, nous te demandons pardon.
Ce pardon, donne le nous, afin que nous trouvions la joie et la paix, même dans la lutte ou la détresse. Viens, toi qui renouvelles sans cesse les hommes, la terre et les cieux.
Amen.
Psaume 62, strophe 4
ANNONCE DU PARDON
Le prophète Esaïe (ch 54) nous annonce ainsi le pardon, l’amour inconditionnel et la débordante tendresse de Dieu :
« Car il en est pour moi comme au temps de Noé. J’avais juré alors que les eaux du déluge ne submergeraient plus la terre. De même, je fais le serment de ne plus m’irriter à ton encontre, et de ne plus t’adresser de reproches.
Même si les montagnes se mettaient à bouger, même si les collines venaient à chanceler, mon amour envers toi ne bougera jamais ; mon alliance de paix ne chancellera pas » déclare l’Eternel, rempli de tendresse pour toi.
Psaume 62, strophe 5 [debout]
VOLONTE DE DIEU
C’est encore le prophète Esaïe (ch 56), librement adapté, qui nous dit comment Dieu veut être servi :
Le jeûne que je préfère, est-ce le jour où l’homme s’humilie, où il courbe la tête et se couvre de cendre ? Non, le jeûne auquel je prends plaisir, le voici :
Dénoue les liens de la méchanceté, Détache les chaînes injustes,
Renvoie libres ceux qui sont écrasés sous le joug, Mets en pièces toutes ces entraves.
Partage ton pain avec celui qui a faim. Héberge les pauvres sans abri,
Habille ceux qui sont nus, ce sont tes frères, tu ne peux te dérober.
Alors la lumière surgira, comme point l’aurore.
Psaume 62, strophe 3 [assis]
PRIÈRE D’ILLUMINATION
Dieu de tendresse,
tu as fait de nous des gens de ta maison
au milieu d’un monde que tu aimes mais qui souffre.
Accorde-nous la sagesse et l’intelligence pour que nous puissions y discerner ta volonté et la mettre en oeuvre tous les jours de notre vie. Esprit, éclaire-nous. Montre-nous ce qui importe.
Donne-nous de comprendre, ouvre-nous des chemins pour agir. Amen
LECTURES
Livre de la Genèse, chapitre 18, versets 20 à 32
20Le Seigneur dit alors à Abraham : « Les cris contre les populations de Sodome et Gomorrhe sont montés jusqu’à moi, leurs péchés sont énormes. 21Je vais descendre pour vérifier s’ils ont fait tout ce dont on les accuse auprès de moi : alors, je saurai ! »
22Deux des visiteurs quittèrent cet endroit et se dirigèrent vers Sodome, tandis que le Seigneur restait avec Abraham. 23Abraham se rapprocha et dit : « Seigneur, vas-tu vraiment faire périr ensemble l’innocent et le coupable ? 24Il y a peut-être cinquante justes à Sodome. Vas-tu quand même détruire cette ville ? Ne veux-tu pas lui pardonner à cause des cinquante justes qui s’y trouvent ? 25Loin de toi cela : tu ne peux pas agir ainsi ! Tu ne feras pas mourir l’innocent avec le coupable, de sorte que l’innocent ait le même sort que le coupable. Il n’est pas possible que le juge de toute la terre ne respecte pas la justice. » 26Le Seigneur répondit : « Si je trouve à Sodome cinquante justes, je pardonnerai à toute la ville à cause d’eux. »
27Abraham reprit : « Excuse-moi d’oser te parler, Seigneur, moi qui ne suis qu’un peu de poussière et de cendre. 28Au lieu des cinquante justes, il n’y en aura peut-être que quarante-cinq. Pour les cinq qui manquent détruiras-tu toute la ville ? » Dieu dit : « Je ne la détruirai pas si j’y trouve quarante- cinq justes. »
29Abraham insista : « On n’en trouvera peut-être que quarante. » – « Je n’interviendrai pas à cause des quarante », déclara Dieu.
30Abraham dit alors : « Je t’en prie, Seigneur, ne te fâche pas si je parle encore. On n’en trouvera peut-être que trente. » – « Je n’interviendrai pas si je trouve trente justes dans la ville », répondit Dieu. 31Abraham dit : « Seigneur, excuse mon audace. On n’en trouvera peut-être que vingt. » – « Je ne détruirai pas la ville à cause de ces vingt », répondit Dieu.
32Alors Abraham dit : « Je t’en prie, Seigneur, ne te fâche pas. C’est la dernière fois que je parle. On n’en trouvera peut-être que dix. » – « Je ne détruirai pas la ville à cause de ces dix », dit Dieu.
Évangile selon Luc, chapitre 11, du verset premier au verset 13
1Un jour, Jésus priait en un certain lieu. Quand il eut fini, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, enseigne-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples. » 2Jésus leur dit : « Quand vous priez, dites :
“Père, que chacun reconnaisse qui tu es ; que ton règne vienne !
3Donne-nous chaque jour le pain dont nous avons besoin. 4Pardonne-nous nos péchés,
car nous pardonnons nous-mêmes à tous ceux qui nous ont fait du tort. Et ne nous laisse pas entrer dans l’épreuve.” »
5Jésus leur dit encore : « Supposons ceci : l’un d’entre vous a un ami qu’il va trouver chez lui en pleine nuit pour lui dire : “Mon ami, prête-moi trois pains. 6Un de mes amis qui est en voyage vient d’arriver chez moi et je n’ai rien à lui offrir.” 7Et supposons que l’autre lui réponde de l’intérieur de la maison : “Laisse-moi tranquille ! La porte est déjà fermée à clé, mes enfants et moi nous sommes au lit ; je ne peux pas me lever pour te donner des pains.” 8Eh bien, je vous l’affirme, même s’il ne se lève pas par amitié pour les lui donner, il se lèvera pourtant et lui donnera tout ce dont il a besoin parce que son ami insiste sans se gêner. 9Et moi, je vous dis : demandez et vous recevrez ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira la porte. 10Car celui qui demande reçoit, qui cherche trouve et l’on ouvre la porte à qui frappe. 11Si l’un d’entre vous est père, donnera-t-il un serpent à son fils alors que celui-ci lui demande un poisson ? 12Ou bien lui donnera-t-il un scorpion s’il demande un œuf ? 13Vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants. À combien plus forte raison le Père qui est au ciel donnera-t-il l’Esprit saint à ceux qui le lui demandent ! »
Musique
PREDICATION
Nous n’avons pas tous la même conception, ni la même pratique, de la prière. Nous n’avons pas tous la même facilité à prier.
Pour certains, elle jaillit au cœur de la journée, au cœur de la vie, spontanée et naturelle, en action de grâce ou en imploration ardente. Pour d’autres, au soir couchant, dans le silence et la solitude de la nuit, elle est un temps de bilan, voire d’analyse, de recentrement, de décentrement, selon le centre qu’on se donne. Pour d’autres encore, elle est recherche de la présence divine, une recherche vaine, qui se heurte au silence, ou au contraire, une recherche qui conduit à la rencontre, à un dialogue qui se noue, ou peut-être à l’illusion d’un dialogue qui leur fait prendre des impulsions du cœur pour des réponses ou des appels, ou encore, une recherche qui leur fait vivre, au plus profond de leur être, le sentiment d’être aimé de Dieu.
Certains d’entre nous ont grandi dans un entourage où la prière était vécue au quotidien, dans leur famille, dans les écoles fréquentées, d’autres se sont vus, dès le plus jeune âge, guidés dans la prière par leurs parents, ont reçu, dès qu’ils ont su lire, un livret pour leur apprendre à prier. D’autres, les plus nombreux peut-être, ont dû se débrouiller, livrés à eux-mêmes par l’indifférence, ou la pudeur de ceux qui auraient pu, qui auraient dû, partager avec eux leur expérience de la prière.
Pour certains, elle ne peut être qu’intime, pour d’autres, elle n’existe que portée par une communauté. Les uns vont à l’église pour réciter un rosaire communautaire, ou s’y relaient pour vivre l’adoration perpétuelle du saint-sacrement. Le couple de paysans peint par François Millet arrête en plein champ sa tâche pour prier, en entendant la cloche lointaine sonner l’angelus. Les membres de la Fraternité des Veilleurs s’engagent à trois temps de prière quotidienne. Les autres refusent tout texte imposé, toute pratique régulière, et n’ont pour seul guide que la spontanéité et l’occasion favorable.
La prière, depuis la nuit des temps, exprime l’incroyable diversité de la relation de l’homme au divin. Elle existait avant qu’Abraham n’implore Dieu d’épargner Sodome et Gomorrhe. Mille formules rituelles se transmettaient dans mille traditions avant que Jésus ne nous livre ce que nous avons appelé, car le rite doit toujours tout nommer, le Notre Père, et avant qu’il ne nous raconte l’histoire l’ami importun, ou de l’ami qui se laisse fléchir, là encore selon les divers titres que nos traductions aiment inventer aux sections d’un récit.
Ce sont ces textes, aujourd’hui, qui nous sont proposés pour tenter d’avancer ensemble sur le chemin de la prière.
La première étape qu’on peut proposer à ce chemin fait écho à ce qui vient d’être dit de l’apprentissage de la prière. C’est cet appel des disciples à leur maître : « enseigne-nous à prier ».
Comme la première prière. Comme le constat que nos tâtonnements, nos doutes, nos difficultés sont partagées. Qu’il n’est pas aisé de prier, et qu’on a besoin d’être guidé. Notre prière ne devrait-elle pas se résumer à celle-ci, dans un élan de lucidité mêlé de désir, dans le sentiment, au même instant, d’une nécessité vitale, et d’une incapacité totale ? Seigneur, apprends-nous à prier !
A cette prière première, primordiale, une réponse est donnée, qui nous propose une direction pour avancer sur ce chemin.
Une réponse, ou plutôt des réponses. Dans le passage de l’évangile de Luc qui nous est proposé pour aujourd’hui, il y en a plusieurs : la prière en acte, vécue par Jésus, le don du Notre-Père, la parabole de l’ami importun, l’invitation à demander, la promesse d’un exaucement. Et le dialogue d’Abraham et de Dieu autour du sort de Sodome et Gomorrhe fait aussi, bien sûr, partie des réponses que nous offre la bible. Et il y en a tant d’autres. Des mêmes ordres que celles qui ont été lues : non seulement des enseignements sur la prière (par exemple, dans le texte parallèle sur le don du Notre-Père de l’évangile selon Matthieu, le commandement de ne prier que dans l’intimité, sans ostentation, ni rabâchage), mais aussi des invitations à prier (on pense à celle adressée à ses disciples par Jésus au mont des oliviers), et d’innombrables exemples de prières dites, reçues, vécues.
Tentons de comprendre ensemble certains des enseignements sur la prière que nous livrent les deux textes que nous avons lus.
Certains seulement de ces enseignements : une façon de renoncer d’avance à entrer dans un commentaire ou une méditation sur le Notre-Père, qui dépasserait le cadre d’une prédication (et les capacités du prédicateur).
Le premier enseignement pourrait être celui de la persévérance, qu’on pourrait tout aussi bien appeler par des mots moins positifs, l’obstination, l’importunité, par exemple.
Abraham en donne l’exemple, dans ce marchandage insensé qu’il engage avec Dieu : certes, il y met les formes (« excuse-moi d’oser te parler, Seigneur, moi qui ne suis qu’un peu de poussière et de cendre », « Seigneur, excuse mon audace », « je t’en prie, Seigneur, ne te fâche pas si je parle encore »). Mais il réussit, en revenant sans cesse, en tout cas à six reprises, à la charge, à abaisser la barre de cinquante à quarante-cinq, puis à quarante, puis, à trente, puis à vingt, puis à dix. Il prend adroitement Dieu à sa propre logique, dès lors que celui-ci a accepté le principe d’épargner la ville s’il s’y trouve assez de justes, pour tenter de repousser à l’extrême la limite.
C’est aussi à l’obstination qu’invite la parabole de l’ami importun. Celui qu’il dérange au milieu de la nuit, alors que, dans sa maisonnée, tous dorment, et que les portes de la maison ont été fermées à clé pour la nuit, celui qui lui dit que, pour toutes ces raisons, il ne peut se lever, il nous est suggéré qu’il finira quand même par le faire, non pas par amitié ni sens du service, mais parce que son ami insiste plus que de raison (le texte nous dit qu’il est sans vergogne, pour traduire un terme grec plus fort que le classique importun, qui renvoie plutôt à l’absence totale de respect et de pudeur, à l’impudence). En clair, si l’ami dérangé n’oppose un refus que pour de mauvaises raisons, puisqu’après tout, pour se lever, il suffit d’être couché, et si une porte est fermée, il suffit de l’ouvrir, alors il cédera, pour pouvoir, ensuite, continuer sa nuit.
Cette invitation à l’obstination, elle est assortie, dans l’évangile, d’une promesse. Une merveilleuse promesse : « demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira ».
Cette promesse, elle nous met face à la principale difficulté que nous pose la prière dont on parle ici, celle par laquelle nous demandons quelque chose. C’est que cette promesse a toutes les apparences d’une fausse promesse, d’un mensonge, d’une escroquerie. Dans la parabole que raconte Jésus, l’ami peut bien finir par se lever, et sortir le pain de la huche. Mais n’oublions pas que, malgré l’obstination d’Abraham au chapitre 18 de la Genèse, Sodome et Gomorrhe sont détruites alors que le chapitre 19 n’est pas encore arrivé à son dernier verset.
Nous le savons bien, demander, tous les dimanches, ou plus souvent, à Dieu de nous donner notre pain de ce jour n’a jamais nourri qui le demande avec la faim au ventre, et laisse indifférent qui prie ainsi en étant rassasié. Et les peuples en guerre et qui prient pour la paix, comme tant doivent le faire à Gaza, au Soudan, autour du lac Kivu, en Syrie, en Ukraine, et aussi en Russie, voient-ils la paix advenir ?
Poser cette question, hélas, c’est y répondre. Pour eux, cette promesse d’exaucement peut sembler totalement vide de sens, dérisoire.
Et que deviennent, aussi, les promesses dont se fait écho le psalmiste, et que nous disions ou chantions au début de ce culte. Je ne manque de rien, avons-nous chanté dans la paraphrase du psaume 23. Mais où sont, pour tant de nos contemporains, les verts pâturages, la paix des ombrages, la table de la fête, les sentiers de justice de ce texte magnifique ?
Quel décalage entre ces promesses et l’état de notre monde, ravagé par la violence, l’injustice et l’égoïsme !
Sans avoir l’outrecuidance de penser que la prière peut nous aider à résoudre cette insoluble énigme du mal, on peut tout de même y voir un chemin entre notre monde tel qu’il est et le monde qu’appelle l’espérance d’un royaume de justice, une espérance qui nous est donnée non pas pour un au-delà éthéré, mais pour ici et maintenant.
Pour tenter de discerner ce chemin, revenons à l’histoire de l’ami importun.
Si l’on relit attentivement le texte, comme y invite Alphonse Maillot dans son commentaire des paraboles, on doit voir que cet homme n’a pas un seul ami, celui qu’il va déranger pour lui demander du pain. Il en a un autre, celui qui est arrivé chez lui au milieu de la nuit, et arrivé sans prévenir, car s’il avait prévenu de son arrivée, son hôte aurait fait provisions suffisantes pour le nourrir.
De sorte que lui aussi, au milieu de la nuit, il avait déjà ouvert sa porte à un ami en voyage. On ne sait pas s’il s’est fait prier, lui aussi, s’il n’a ouvert que de guerre lasse, pour pouvoir se recoucher et recommencer à dormir, parce que l’ami qui lui demandait l’hospitalité le faisait, pareillement, en cognant à l’huis sans vergogne. Peu importe. Il lui a ouvert sa porte et les lois de l’hospitalité sont exigeantes : si l’on accueille quelqu’un chez soi, on doit le nourrir.
Mais il n’a plus de pain. Et bien sûr, la boulangerie n’a pas encore ouvert ses portes. C’est pour cette raison qu’il va à son tour déranger un ami, son second ami, au milieu de la nuit. Si le fruit de l’obstination avait été le seul enseignement que Jésus voulait donner à ses disciples en leur racontant cette histoire, il aurait pu commencer par ce commencement qu’il ne raconte pas, et s’en tenir là.
Il nous dit autre chose : la prière n’est pas l’affaire de deux amis, moi et Dieu, pourrait-on dire. C’est une relation dans laquelle il y a un tiers. Un tiers qui est, en fait, le point de départ de tout : il nous bouscule, il frappe à notre porte au milieu de la nuit, il insiste, insiste, insiste. Bien sûr, nous ne sommes pas tous les jours l’objet de sollicitations aussi directes. Mais il en est d’autres, qui peuvent abuser de notre patience de même façon. Ainsi, le sans-abri que nous ne voulons pas voir, il est encore là le lendemain, puis le jour d’après, puis encore celui d’après. Et les malheurs du monde dont l’écho nous parvient par tous les canaux d’information de notre époque, ils n’ont pas disparu le lendemain, ils nous hantent à nouveau le surlendemain, et encore les jours qui suivent.
D’ailleurs, nous pouvons être de ceux qui n’ont pas besoin qu’on s’obstine à les déranger pour ressentir l’urgence d’agir.
Agir, le mot n’est pas déplacé ici. L’ami importun de la parabole, il a en effet commencé par agir : il a ouvert sa porte et offert l’hospitalité à son ami en voyage. Ce n’est qu’ensuite qu’il a constaté qu’il n’avait plus de pain, et qu’il avait besoin d’en demander à son second ami.
Cette histoire, elle nous invite donc à agir d’abord, pour faire ce que nous pouvons faire, ce qui est à notre mesure. Sans quoi notre prière est vaine et nous sommes hypocrites. Nous ressemblons alors, comme le dit Alphonse Maillot, à qui prie pour les malades pour se dispenser de leur rendre visite, ou pour les affamés pour se donner bonne conscience dans la digestion de son gigot dominical.
Elle nous invite aussi à discerner entre ce que nous pouvons faire, ce qui nous incombe, et ce qui nous dépasse, que nous pouvons alors confier à Dieu dans la prière.
Mais Alphonse Maillot va plus loin dans l’analyse de la prière comme rassemblant toujours trois personnes.
Lorsque c’est pour nous-mêmes que nous nous adressons à Dieu, et pas pour autrui, nous ne sommes pas seuls pour autant. Le troisième, alors, nous dit-il, celui qui s’insinue entre nous et Dieu, c’est celui dont nous invoquons si souvent le nom à la fin de nos prières, c’est Jésus le Christ.
Lui, dont nous avons déjà tant reçu, vient nous guider dans ce que nous pouvons demander. Comme le dit Alphonse Maillot, si nous pensons vraiment à ce que veut dire prier au nom de Jésus-Christ, comment demander la richesse au nom de celui qui n’a jamais eu une pierre pour reposer sa tête ? Comment demander la gloire au nom de celui qui est mort de la mort la plus ignominieuse ?
C’est ainsi que prier nous permet de nous engager sur le chemin étroit, escarpé, incertain, sur lequel nous trébuchons sans cesse, et nous perdons parfois, mais le seul chemin par lequel nous pouvons avancer vers le royaume de justice qu’il nous appartient de bâtir.
Le mystère du mal reste entier, nous savons que nous ne le vaincrons pas par le coup de baguette magique d’une prière qui serait toujours exaucée.
Mais, par la prière, nous pouvons ne pas nous laisser paralyser par le mal, et par la prière, nous apprenons à discerner ce qui est en notre pouvoir pour lutter contre lui, et nous pouvons demander et recevoir la force d’apporter notre contribution à cette lutte.
Amen
Musique
CONFESSION DE FOI [debout, ensemble]
Pour le monde et pour moi, j’ai confiance en Jésus de Nazareth. Il est le seul Sauveur et Maître.
Il a été l’homme véritable, comme nul homme ne peut l’être par lui-même. Il est mort sur une croix pour les autres et pour le monde comme pour moi.
Il est ressuscité. Il est présent dans les hommes, et pour les servir il recrute son Eglise, sans tenir compte de nos distinctions.
Il agit par les hommes dans l’histoire, pour la mener à son but, un univers réconcilié dans l’amour.
Ainsi, je ne crois à la fatalité ni de la guerre, ni de la haine, ni de la catastrophe, ni même de la mort, parce que je crois que Jésus libère l’homme pour des décisions libres.
Grâce à lui, ma vie a un sens, l’univers aussi. Pour le monde et pour moi, j’espère en Jésus de Nazareth. Il vient.
Amen.
21-09, les 3 strophes [assis]
ANNONCE et OFFRANDE (bref accompagnement musical)
PRIERE D’INTERCESSION
(avec André Dumas, extrait de Cent prières possibles)
Notre Dieu, nous sommes en solidarité avec ceux qui vivent dans le danger et le combat. De loin ou de près, nous partageons leur détresse et leur espoir. Apprends-nous à étendre nos vies au-delà de nous-mêmes et à étirer notre cœur jusqu’aux frontières où les hommes souffrent et transforment le monde. Mets-nous en solidarité avec l’étranger, que nous ignorons, avec le démuni, que nous effaçons, avec le prisonnier, que nous évitons. Ô Dieu, que la solidarité soit ainsi un nom nouveau, un nom actuel pour cette fraternité, à laquelle tu nous appelles sans cesse.
Mais, ô Dieu, rends-nous solidaires dans la vérité et non pas dans le mensonge des tactiques. Délivre- nous de toute solidarité qui tournerait à la partialité destructrice et nous entraînerait dans la captivité de nos propres amis. Car tu nous veux solidaires, mais non pas partisans, toi qui as pris parti pour nous, sans jamais nous mentir sur nous-mêmes.
Mais, ô Dieu, rends-nous solidaires dans l’efficacité et non pas dans le verbalisme des déclarations. Délivre-nous de toute solidarité qui tournerait à l’inflation vaine et qui nous plongerait dans la paille des mots sans le grain des choses. Car tu nous veux solidaires, mais non pas tribuns, toi qui es toujours parole unie à la vie, parole en acte, fût-ce dans le silence.
Mais, ô Dieu, rends-nous solidaires dans l’espérance et non pas dans la dramatique des catastrophes. Délivre-nous de cet obscur besoin que nous avons parfois de la souffrance humaine, comme si la souffrance pouvait être un quelconque bien, sauf pour celui qui dure en l’endurant. Car tu nous veux solidaires, mais non pas prophètes de malheur, toi qui as toujours voulu pour les hommes la justice et la liberté, la joie et la paix.
Mais, ô Dieu, rends-nous solidaires en humilité, car nous ne sommes pas capables de porter la terre entière. Délivre-nous de l’accablement qui n’aide personne et de la pitié, qui empoisonne tout. Car tu nous veux solidaires de celui dont nous devenons le prochain.
Ô Dieu, purifie nos solidarités. Rends-les vraies, fécondes, ardentes et humbles.
Nous te le demandons au nom de Celui qui a été résolument solidaire de l’homme abandonné et méprisé, Jésus-Christ, ton fils, qui est notre frère.
Amen.
EXHORTATION [debout]
C’est Elie Wiesel qui nous livre cette exhortation finale.
La Parole est plus grande que nous, plus profonde que nous. C’est en elle que nous nous élevons
C’est par elle que nous nous abaissons.
Elle est refuge pour l’exilé et exil pour le suffisant. Comment ferais-tu sans elle pour prier ?
Comment ferais-tu pour pleurer ? Pour espérer ? Pour te justifier ? Ne te moque pas de la Parole, ami !
Quand tu es en danger elle t’enveloppe, quand tu rêves elle te protège des cauchemars.
Laisse-là te pénétrer et t’abreuver, donne-toi à la Parole, et tu recevras d’elle ce que la vie a de plus beau et de plus généreux :
l’élan qui te portes vers Dieu.
BENEDICTION
Que le Seigneur vous bénisse et vous garde et qu’à chacune et chacun d’entre nous, il donne la paix. Amen
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